Bienvenue sur Cœurs en Wifi !
C’est une histoire comme il s’en vit tant, mais qu’on raconte trop peu souvent. Celle d’une trentenaire célibataire qui, un soir de lassitude sentimentale, dans la chaleur de l’été, décide de faire comme tant d’autres : s’inscrire sur les applications de rencontre. Après tout, pourquoi pas ? Il paraît qu’elle est belle, curieuse, cultivée, indépendante. Un peu badass, à sa manière. Parfois, presque par accident, il lui arrive même d’être drôle. Et puis, comme bon nombre d’entre nous, elle ne sait pas vraiment comment faire autrement. Elle ne trouve pas le temps, ne sait pas où aller, ni avec qui, pour faire des rencontres dans la vraie vie. Alors hop ! ni une, ni deux, elle télécharge une première application, et se crée un profil. Elle choisit de ne mettre que l’essentiel : des photos d’elle simples, au naturel. Son âge, son métier auquel, de toute façon, jamais personne ne comprend rien, et quelques-unes de ces passions prédéfinies qu’on ne peut pas personnaliser. Elle paramètre aussi la tranche d’âge qui l’intéresse, la distance maximum qu’elle est prête à parcourir pour aller à la rencontre de ses potentiels prétendants, et le tour est apparemment joué. L’application lui communique qu’elle est fin prête, et accepte de lui ouvrir les portes mystérieuses du monde sans limite des rencontres virtuelles (oui oui, c’est important pour toute la suite).
Et la voici lancée. Swipe à gauche, gauche, gauche, gauche, gauche, gauche, gauche, gauche, gauche, gauche… quand tout à coup, l’envie de swiper à droite la démange enfin. Il a un charme fou. Avec ses cheveux ébouriffés, son sourire encore empreint d’enfance à pourtant 35 ans, ses yeux pétillants, sa simplicité et son naturel à couper le souffle… Elle hésite. Elle se lance. Elle swipe à droite. Une fraction de seconde. « It’s a match! ». Son cœur bat la chamade. Elle prend l’initiative. Il répond. Ils sympathisent. Se complimentent. Se projettent, déjà, dans des possibilités vagues et fort lointaines. On ne les arrête plus. Ils parlent de tout, de rien. S’envoient des rires et sourires virtuels dans toute la gamme que le clavier emoji leur propose. C’est spontané, intuitif, amusant, touchant même, parfois. Ils échangent leurs numéros. S’envoient des photos innocentes. Un ou deux vocaux pour continuer à se jauger, à l’oreille cette fois. La sensualité vient s’en mêler. Des photos et vidéos moins innocentes. Ça achève de les décider à se rencontrer. Rendez-vous est pris, la veille de son départ en vacances à lui. Ça passe à une vitesse vertigineuse. Ils s’abreuvent de leurs voix, s’émerveillent de leurs rires, se dévorent des yeux, finissent par se dévorer de leur bouche et de leurs mains aussi. Il est l’heure de se quitter. Il l’embrasse fougueusement au beau milieu de la rue. Elle plane sur son petit nuage. Il ne la rappellera jamais.
Évidemment, elle n’a pas compris. Rien. Et bien sûr, son petit cœur brisé lui a fait faire tout ce qu’on dit qu’il ne faut pas faire. Un temps, en tout cas. Jusqu’à ce que, en désespoir de cause, puisque rien n’y faisait, elle décide de renoncer à cette arnaque sentimentale des applications de rencontre. À quoi bon, si c’est pour que ça se passe comme ça ? Et puis elle s’est reprise, et s’est dit : non. Elle allait y rester. Mais seulement pour saisir cette opportunité unique d’observer les hommes.
Alors, chère lectrice, cher lecteur, ne vous en prenez pas à cet homme sans lequel Cœurs en wifi, chroniques de nos célibats connectés, n’existerait pas. Car c’est par lui qu’est venu le déclic, et c’est donc bien grâce à lui que, un vendredi sur deux, je vous livrerai le portrait haut en couleur des différents comportements que je rencontre sur ces fameuses applications – car c’est bien ce que je rencontre : des comportements étonnamment sans limite, bien plus souvent que des personnes de chair et d’os. En espérant vous tirer quelques rires et sourires, un peu d’empathie, et vous aider à vivre ces aventures abracadabrantes avec plus de détachement et d’apaisement. Ou aider vos ami.e.s dans les leurs.
Et spoiler – le seul, promis : l’histoire a montré que, contre toute attente, nous retrouverons cet homme, de temps en temps. Appelons-le donc N., pour préserver son anonymat, mais que vous puissiez le reconnaître, quand il apparaîtra. Et disons que c’est un peu mon Mr Big à moi.
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